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   Dossier spécial : Naufrage du Concordia !(fév2012)

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   Dossier spécial : Naufrage du Concordia !(fév2012)  
 
Termi
Lieutenant de vaisseau
Posté le 29/01/2012 à 20:38:26
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Bonjour à toutes et à tous, dans ce dossier spécial je vous parlerai du naufrage du Costa Concordia en retraçant les fait jour pour jour.
Je vous souhaite évidemment une bonne lecture




16/01 :Compagnies maritimes, chantiers, voyagistes et bien entendu passagers... Le monde de la croisière est sous le choc après le naufrage, dans la nuit de vendredi à samedi, du Costa Concordia. Le grand paquebot de Costa Croisières s'est couché devant le port de la petite île du Giglio, en Toscane, après avoir heurté un récif, qui a éventré sa coque. Les images ont fait l'effet d'une bombe. Impressionnantes, surréalistes même, que ces photos et vidéos montrant l'imposant navire de 290 mètres et 114.500 tonneaux, l'un des plus gros exploités en Europe, reposant sur le flanc tribord, tout près des rochers. Le Costa Concordia avait quitté le port de Civitavecchia vendredi à 19 heures et se dirigeait vers Savone à l'issue d'une croisière d'une semaine en Méditerranée. Après un séjour de détente et de découvertes, la plupart des passagers profitaient de leurs derniers moments à bord. Savone est en effet le port de départ du circuit sur lequel était positionné le navire. Il y embarquait et y débarquait le gros de ses passagers. Le Concordia était aussi en tête de ligne à Civitavecchia, ainsi qu'à Marseille, où il devait arriver hier, comme chaque dimanche cet hiver. C'est ce qui explique la présence de nombreux passagers français à bord. En tout, il y avait 4229 personnes sur le Concordia, soit 1013 membres d'équipage et 3216 passagers, dont, pour ces derniers, 989 Italiens, 569 Allemands, 462 Français, 177 Espagnols, 177 Croates et 129 Américains.

Hier, le bilan, toujours provisoire, faisait état de cinq morts, quatre passagers, dont deux français, et un membre d'équipage péruvien, des dizaines de blessés et toujours une quinzaine de personnes manquantes à l'appel (11 passagers et 6 membres d'équipage). Sans relâche, les sauveteurs ont poursuivi ce dimanche les recherches sur le navire. Et il y a eu des miracles. Ainsi, un couple de jeunes sud-coréens en voyage de noces, a été sauvé après avoir passé 24 heures dans leur cabine, où ils étaient coincés. Hier matin, d'autres voix ont été entendues par les secouristes, qui tentent d'accéder à tous les locaux du gigantesque bateau, à moitié immergé. Blessé, le commissaire du bord a pu être secouru et a été hélitreuillé. Malheureusement, dans l'après-midi, deux corps sans vie ont été découverts par les équipes de secours. D'autres survivants pourraient être bloqués dans les entrailles du paquebot, notamment dans des poches d'air, mais les plongeurs peinent à accéder à tous les locaux. Les recherches se poursuivent donc pour repérer les survivants, une course contre la montre car, plus le temps passe, moins les chances de survie sont importantes.
Dans le même temps, les autorités, les sauveteurs et les équipes de Costa comptent et recomptent les personnes déjà évacuées, afin de déterminer avec précision combien sont en sécurité. Le chiffrage a été rendu difficile, bien évidemment, par l'urgence des opérations et la confusion régnant sur samedi sur l'île, d'où les rescapés ont été évacués vers Porto San Stefano, sur le continent. Dans les canots de sauvetage, sur les nombreux bateaux venus porter assistance, en hélicoptère ou même à la nage, tous les moyens furent bons pour quitter le paquebot et sauver sa vie. Dans la tourmente, certains naufragés ne se sont pas fait connaître. Il faut donc recouper les listes, ou encore contacter les familles, afin de déterminer avec précision combien de personnes ont vraiment disparu.

Un choc violent et des scènes de panique

Vendredi soir, alors que la plupart des passagers étaient au restaurant pour le dîner, le navire, qui longeait l'île du Giglio, a heurté un récif, provoquant une violente secousse suivie d'une coupure d'électricité. « C'est vers 21h30, en plein dîner, que nous avons ressenti de fortes vibrations. Quelques secondes de calme, puis un énorme choc, comme si le bateau avait accroché quelque chose à l'arrière. A ce moment-là, il a commencé à gîter du côté gauche. Des assiettes se sont mises à tomber des tables », raconte un passager. Après un moment de flottement, comme le veulent les procédures de sécurité, les passagers ont été invités à rejoindre les stations d'évacuation, sans que l'ordre d'abandonner le navire soit donné. Le personnel, qui suit des formations et des entrainements pour ce type d'évènement, a rejoint les postes qui lui sont attribués en pareil cas pour guider les passagers vers les canots et distribuer les gilets de sauvetage. « On nous a dit qu'il ne s'agissait que d'un petit problème technique, qu'il ne fallait pas s'inquiéter, que la situation était maîtrisée. Mais au bout d'un moment, le navire a commencé à se pencher de l'autre côté, vers la droite ; et cette fois, ça n'avait pas l'air de s'arrêter, il gîtait de plus en plus ». On imagine alors facilement le sentiment des passagers, pour beaucoup venus en famille. Comme certains l'ont confié, le souvenir de catastrophes maritimes a immédiatement occupé leur esprit. Même si, dans l'ensemble, le courant semble avoir été maintenu grâce aux générateurs de secours ou bien le maintien ou la remise en route de tout ou partie des générateurs principaux (comme en témoignent les images du paquebot presque totalement éclairées), des pertes d'électricité sont apparemment intervenues, plongeant certaines parties du navire dans le noir et ajoutant du stress. La tension est sans doute montée progressivement, au fur et à mesure que le temps passait, que les passagers attendaient dans le froid et l'angoisse et que le navire s'inclinait. Et, même si la grande majorité a visiblement gardé plus ou moins son calme, des passagers ont cédé à la panique, faisant que la situation est, à certains endroits, devenue quasiment incontrôlable. Les passagers décrivent, ainsi, des scènes d'affolement collectif. « C'était surréaliste. Des gens paniquaient, certains se battaient même pour monter dans les canots. Ca a été de la folie », raconte une rescapée. Une autre passagère affirme même que « des hommes ont poussé des enfants pour monter dans des canots ».



La problématique des mouvements de foule

Rien à voir, donc, avec les exercices règlementaires d'abandon de navire, organisés systématiquement dans les 24 heures suivant le début d'une croisière. Tous les passagers avaient suivi un exercice de ce type, à l'exception de ceux qui avaient embarqué le jour même à Civitavecchia, et qui y aurait participé samedi soir après le gros des embarquements à Savone. Obligatoires pour les passagers, ces exercices visent à faire connaître les procédures en cas d'évacuation, les points de ralliement, les regroupements devant les canots et le matériel de sauvetage. Harnaché dans leur gilet, les passagers se rassemblent alors sur les ponts où ils sont rangés en bon ordre, dans le calme et généralement la bonne humeur, écoutant - avec plus ou moins d'attention - les consignes données par l'équipage dans les principales langues.
Mais, dans la nuit de vendredi à samedi, la réalité était très éloignée de ces exercices théoriques bien huilés. Face à des passagers inquiets, voire paniqués, le problème de la communication a sans doute été primordial. Comme toute grande compagnie de croisière, Costa emploie un personnel international. Il y a généralement 60 à 70 nationalités au sein de l'équipage d'un tel paquebot, composé notamment de personnels asiatiques. Et la langue d'usage à bord est l'Anglais. Même si de nombreux membres d'équipage ont des bases sur d'autres langues, comme l'Italien, le Français ou l'Espagnol, on sait très bien qu'en cas d'urgence, il est très dur de parler autrement que dans sa langue maternelle ou une langue très bien maîtrisée. Or, dans l'affolement, la communication a, manifestement, été très délicate. « La communication est très importante et là, la barrière de la langue a été problématique pour rassurer les passagers », assure un Français présent sur le Concordia.
Il en a résulté une profonde confusion, renforcée par le manque d'information. Beaucoup de rescapés déplorent que les annonces aient minimisé les problèmes et que les officiers affirmaient que la situation était sous contrôle. Mais que fallait-il annoncer aux passagers ? Que le bateau était en train de couler ? Dans pareil cas, la consigne est de rassurer au maximum afin d'éviter la panique et les mouvements de foule, qui sont tout aussi dangereux que l'accident en lui-même. En effet, en cas de panique, les repères sont perdus, il n'y a plus de logique, plus de règle, plus de bon sens. C'est l'instinct de survie qui l'emporte. Et, alors, on se bouscule, on se pousse et on se marche dessus. En face, l'équipage, malgré toutes les formations et les exercices qu'il peut suivre, est impuissant à maîtriser la foule. Les procédures sont alors complètement dépassées. C'est, finalement, en partie ce qui s'est passé au bout d'un moment sur le Costa Concordia. Les témoins parlent d'une grande peur et des images prises lors de l'évacuation montrent, parfois, une incroyable cacophonie, avec des passagers criant et hurlant, ce qui rend les membres d'équipage inaudibles, surtout avec le problème de la langue.
Les marins ont aussi fait face à des passagers qui n'ont pas respecté les consignes. Ainsi, alors que le bateau accusait une gîte d'environ 20 degrés, rendant très difficile la mise à l'eau des canots, certains croisiéristes ont pris peur. Deux Américains ont, ainsi, expliqué une fois sur la terre ferme qu'ils n'avaient pas voulu suivre les recommandations de l'équipage, leur demandant d'attendre à bord. Voyant la côte toute proche et pensant que le navire allait chavirer, ils ont préféré sauter à l'eau et gagner le rivage à la nage. Malheureusement, parmi les personnes qui ont choisi cette échappatoire, on déplore au moins une victime française.



Un drame encore bien pire a sans doute été évité

Dans ce contexte épouvantable, les croisiéristes n'ont pas toujours compris les instructions ni, tout simplement, ce qui se passait. Beaucoup ont, notamment, déploré qu'il ait fallu attendre une heure, voire une heure et demi selon certains témoignages, entre le choc et le moment où l'évacuation a été ordonnée. Cela peut peut-être s'expliquer. D'abord, il a fallu un peu de temps pour que le commandant mesure l'étendue des dégâts et l'évolution prévisible de la situation. Malgré la fermeture des portes étanches, qui prend au maximum 40 secondes selon la règlementation, le Costa Concordia, coque éventrée, a embarqué en quelques instants des tonnes d'eau. Certes, les navires, surtout modernes, sont bien compartimentés mais, compte tenu de l'étendue des dégâts (on découvrira au petit matin une déchirure longue de plusieurs dizaines de mètres), il est sans doute vite apparu que le navire ne pouvait rester à flot. Il allait bel et bien couler. Dans ces conditions, le commandant aurait apparemment bien réagi. « Dans une situation pareille, il faut tenter d'échouer le bateau pour essayer de le stabiliser. C'est la seule manière d'éviter le chavirage », explique un officier travaillant sur des navires de croisière. Malheureusement, il n'y avait pas de plage ou de banc de sable à proximité immédiate, mais des rochers. Très dangereux donc d'aller s'échouer mais, d'un autre côté, rester en mer était probablement encore plus risqué. Car, là où il se trouvait au moment de l'accident, le Costa Concordia, s'il était resté sur place, se serait probablement totalement retourné. Gravement endommagé et probablement privé d'une partie de son appareil propulsif, le navire s'est, si l'on en croit l'évolution de son positionnement, rapproché du rivage, et plus particulièrement du port de Giglio, peut-être pour tenter un échouage, ou tout du moins être le plus près possible du port. La position actuelle du paquebot, à proximité des digues et tout près de la côte, incite à penser que le commandant aurait tenté une manoeuvre de ce style. Et il aurait réussi, avec il est vrai beaucoup de chance. Car, si le Concordia s'est presque couché, il n'a pas chaviré, se stabilisant à environ 80 degrés de gîte. Suffisant pour mener à bien l'évacuation, qui a duré plusieurs heures. Si tel n'avait pas été le cas, le bilan aurait pu être autrement plus lourd, avec des centaines de morts et quasiment aucune chance de survie pour les naufragés coincés à l'intérieur. « Après le choc, le commandant était sur la passerelle. Après avoir évalué les dégâts, il a décidé de mettre le bateau en sécurité et, ensuite, il a décidé de le faire évacuer », a précisé hier Gianni Onorato, président de Costa Croisières. Le commandant aurait donc évité une catastrophe gravissime, ce qui ne préjuge en rien des erreurs qu'il aurait pu commettre en amont et desquelles ont pu découler le naufrage.

Le commandant abandonne le navire

Quoiqu'il en soit, le commandant a eu ensuite un comportement incompréhensible. En effet, personne ne s'expliquait hier soir pourquoi Francesco Schettino avait quitté le navire avant la fin des opérations d'évacuation, une information confirmée par le procureur de Grossetto. Logiquement, le commandant doit être dans les derniers à débarquer mais, d'après des témoins, il aurait abandonné le navire très rapidement. L'officier aurait quitté son bateau vers 23H40, alors que l'évacuation s'est prolongée jusqu'à 5 ou 6 heures du matin. Le commandant a même eu le temps de donner une interview à la télévision italienne. « Nous étions les derniers à quitter le navire », a-t-il affirmé, ce qui est évidemment faux. Les autorités lui auraient même demandé, en vain, de regagner le Concordia pour aider à coordonner les secours. Finalement, Francesco Schettino et son second, Ciro Ambrosio, ont été interpellés par la police italienne. Ils ont été incarcérés et sont poursuivis pour homicides multiples, naufrage et abandon de navire.
En dehors du commandant, des passagers se sont aussi émus que d'autres marins du Concordia quittent rapidement le bord. Si l'on ne peut exclure que des personnels aient paniqué, il est aussi prévu que des membres d'équipage évacuent en même temps que les passagers, et même avant certains clients. « Tous les personnels ne sont pas mobilisés jusqu'à la fin pour évacuer les passagers. Il y a des embarcations réservées à l'équipage et quand l'une d'elles est pleine, il n'y a pas de raison de la retenir. De plus, il est prévu que des membres d'équipage embarquent avec les passagers pour les encadrer dans la chaloupe », explique un officier. De même, il ne parait pas aberrant que certains personnels, notamment ceux parlant plusieurs langues, aient été envoyés à terre pour aider les secours à assister les naufragés, débarqués sur une toute petite île où le manque d'encadrement se faisait cruellement sentir.

Beaucoup trop près de la côte

Immédiatement après l'accident, de nombreuses personnes se sont interrogées sur la proximité du Concordia avec la côte. Le parcours du navire, que l'on peut suivre grâce à son système d'identification automatique (AIS) pose en effet question. Après son appareillage de Civitavecchia, le paquebot aurait filé tout droit sur l'île. Puis, arrivé à moins de 3 kilomètres du Giglio, il a apparemment changé de cap. Une route qui longe l'île et qui ne serait pas inhabituelle pour le paquebot. Le quotidien italien La Stampa a, en effet, retrouvé un courrier émanant d'élus de l'île de Giglio. Ceux-ci remercient la compagnie Costa après que, en août dernier, le Concordia se soit approché tous feux allumés du port, où s'étaient rassemblés la population et de nombreux touristes. Evoquant la beauté de ce spectacle, les élus se demandaient alors s'il serait possible de répéter cet évènement. Interrogé sur la question, le maire de la commune a affirmé hier qu'aucune manoeuvre de ce type n'était prévue. Dans le même temps, des télévisions françaises ont rapporté hier soir des témoignages d'habitants du Giglio. Ceux-ci parlent d'une tradition, la « parade », qui aurait été instaurée avec les paquebots il y a quelques années. Ainsi, les navires, dont certains membres d'équipage sont originaires de l'île et y ont encore de la famille, s'approcheraient pour saluer les habitants...
Les informations AIS montrent en tous cas que le Concordia a clairement mis le cap sur l'île, à la vitesse d'environ 15 noeuds. Puis, plutôt que de longer la côte en parallèle mais à bonne distance, aurait pris une route légèrement inclinée, qui le rapprochait progressivement du rivage. Rapidement, la distance le séparant du rivage aurait décru, au point que le Concordia ne serait passé qu'à quelques centaines de mètres de Porto Giglio. La carte présentée ci-dessous à partir des informations AIS diffusées par Marine Traffic, dont les informations sont réputées comme fiables, comprend néanmoins une zone d'ombre assez étonnante. Alors que les informations AIS sont données toutes les 4 minutes jusqu'à 21H37, il s'écoule 16 minutes avant la position suivante, à 21H53, où le paquebot file à très petite vitesse (donnée à 2.9 noeuds). Entre les deux, le système, automatique, a tracé une ligne droite mais, faute de point intermédiaire, on ne peut tenir ce parcours entre 21H37 et 21H53 pour certain, même s'il parait plutôt cohérent. La dernière émission AIS montre le bateau quasiment à l'arrêt, au nord de Porto Giglio. Pour arriver là où il s'est échoué, il a donc fallu que le paquebot fasse demi-tour afin de se rapprocher du port. On notera que les horaires indiqués sur cette carte (UTC + 1 heure) ne corroborent pas certains témoignages de passagers, qui parlent d'un choc « vers 21H30 ». Ils semblent en revanche plus conformes à ceux annoncés par le groupe américain Carnival Corporation, la maison-mère de Costa, qui situe l'accident vers 22H. Là aussi, il conviendra de vérifier.



Le commandant Schettino s'est, pour sa part, défendu d'avoir commis une erreur, évoquant plutôt un éperon rocheux inconnu. « Pendant que nous utilisions le système de navigation, nous avons touché un pic qui sortait de la roche. J'ai des raisons de penser que ce pic n'était pas indiqué par le système de navigation», a expliqué sans vraiment convaincre l'officier peu après son débarquement. Le commandant Schettino fait, quoiqu'il en soit, l'objet de très vives critiques. Francesco Verusio, procureur de Grossetto, a affirmé que le paquebot « s'est approché de manière très maladroite de l'île du Giglio ». Le parquet a ajouté dans la journée que « la route suivie (par le Concordia) n'était pas la bonne. Le navire était à 550 mètres du rivage, ce qui est incroyablement proche », tout en affirmant que le commandant se trouvait à la passerelle au moment de l'accident, alors qu'on le croyait au restaurant. Le ministère italien de la Défense a, pour sa part, parlé de « grosse erreur humaine ». Même Costa Croisières, dans la soirée, a reconnu que son capitaine, entré en 2002 dans la compagnie en tant que responsable de la sécurité et nommé commandant en 2006, avait « commis des erreurs de jugement qui ont eu de graves conséquences » Et la compagnie d'ajouter : « ses décisions dans la gestion de l'urgence n'aient pas suivi les procédures de Costa Crociere qui sont en ligne avec les standards internationaux ».

Un paquebot sans doute condamné

Car, sans même parler d'éventuelles suites judicaires (un passager français a annoncé hier son intention de porter plainte contre la compagnie), le naufrage du Concordia va coûter une véritable fortune. Pendant que les recherches se poursuivent afin, espère-t-on, de retrouver d'ultimes survivants, on peut se demander ce qu'il va advenir du navire. Couché sur le flanc, le Costa Concordia offre une posture encore jamais vue pour un paquebot de cette taille. La coque est partiellement éventrée suite à l'impact avec le récif. Et le bateau est à moitié immergé dans l'eau de mer. L'appareil propulsif, le réseau électrique, les différents équipements, la décoration, des centaines de cabines... Une grande partie du bateau peut être considérée comme irrécupérable. Et la structure, dans son ensemble, a forcément beaucoup souffert, l'énorme masse d'acier s'étant sans nul doute déformée sous son poids. Cela pourrait même s'aggraver si l'épave ne tient pas sur les rochers et glisse vers le large. Dans ces conditions, même si le navire est récent et qu'il a coûté 500 millions d'euros à Costa et à sa maison-mère, le groupe américain Carnival Corporation (qui exploite comme Costa plusieurs paquebots identiques au Concordia), il ne serait pas étonnant qu'il soit déclaré en perte totale par les assurances. Tout dépendra des inspections que vont mener les experts. Ces derniers devront se prononcer sur le devenir de l'épave : peut-elle être renflouée, ce qui parait compliqué, ou bien doit-elle être démantelée sur place ? On devrait en savoir plus rapidement.

18/01:

Cinq corps sans vie ont été extraits hier de l'épave du Costa Concordia, qui gît toujours couché sur le rivage de l'île du Giglio, en Toscane. Cela porte à 11, dont 4 Français, le nombre de personnes décédées dans le naufrage du paquebot, qui s'est échoué vendredi soir après avoir heurté un récif, alors qu'il naviguait beaucoup trop près de l'île. Sur place, les recherches, difficiles, se poursuivent dans la carcasse du navire, très endommagé. Les sauveteurs ont ouvert de nouveaux accès hier à l'aide de petites charges explosives, de manière à accélérer l'investigation des locaux. Mais, plus de quatre jours après la catastrophe, l'espoir de retrouver des survivants est désormais très mince. En tout, 24 personnes manquent à l'appel. Au moment de l'accident, il y avait à bord 3216 passagers et 1013 membres d'équipage. Pendant ce temps, les équipes de la société néerlandaise SMIT continuent d'expertiser le navire, afin d'élaborer au plus vite un plan permettant de pomper les soutes à combustible. Les autorités italiennes craignent en effet que l'épave, qui ne semble pas bien stabilisée sur les rochers, glisse vers la fosse située à proximité et coule pour de bon, cette fois à une grosse centaine de mètres de profondeur. Si tel était le cas, une catastrophe écologique pourrait intervenir. La priorité est donc de voir comment pomper le fuel lourd et le gasoil, soit environ 2380 tonnes, contenues dans 21 compartiments. SMIT doit également déterminer s'il sera possible de renflouer l'épave, option qui serait la plus « confortable » pour remorquer le paquebot vers un chantier naval. Mais une telle opération s'annonce des plus complexes et il se pourrait bien que l'état de la structure ne permette pas un renflouement. Il faudrait, alors, songer à démanteler le navire sur place.Hier, certaines informations indiquaient que le Costa Concordia avait été déclaré perte totale par les assurances. Une option attendue car, bien que le navire date de 2006 et que son coût de construction soit d'environ 500 millions d'euros, il faudrait un miracle pour qu'il renavigue un jour. Pour Costa Croisières et sa maison-mère, le groupe américain Carnival Corporation, le coût du naufrage sera considérable. Car, en dehors des dommages couverts par les assurances, la fin du Concordia va engendrer une perte d'exploitation estimée par Carnival entre 85 et 95 millions de dollars. Le groupe devra d'ailleurs trouver une solution de remplacement du navire, peut être en transférant une unité de Carnival Cruise Line, qui exploite les mêmes bateaux que Costa, vers sa filiale italienne. Rien n'est décidé pour le moment. Par ailleurs, on ne sait toujours pas ce que va coûter le traitement de l'épave, mais la facture sera probablement très salée. Et puis, il y a les indemnisations que la compagnie va verser à ses clients, ainsi que les procès qui vont lui être intenté. Ainsi, deux passagers français ont annoncé hier, par la voix de leur avocat, qu'ils allaient déposer plainte contre la compagnie pour « non-assistance à personne en danger, mise en danger délibérée de la vie d'autrui, homicide involontaire et non-respect des obligations de sécurité ». Enfin, il conviendra de voir quelles seront les conséquences de ce dramatique accident sur l'évolution éventuelle de la règlementation et, également, d'un point de vue financier. Banques et assurances vont-elle continuer de financer et de couvrir de la même manière les grands paquebots ? La question se pose et, évidemment, les marchés financiers, qui n'aiment pas l'incertitude, l'ont fait savoir hier. A la fermeture de la bourse de New York, l'action Carnival avait, ainsi, chuté de 13.65%. Un dévissage attendu par le groupe américain, leader mondial de l'industrie de la croisière, qui a assuré être suffisamment solide pour assumer le coût financier de cette crise. On notera que l'évènement semble aussi impacter l'autre mastodonte américain de la croisière. Hier, le titre de Royal Caribbean Cruises, numéro 2 du secteur, perdait 6.19%.

17/01:Concordia : Sauver d'ultimes rescapés et éviter la catastrophe écologique



Le gouvernement italien a annoncé, hier soir, qu'il allait décréter l'état d'urgence, alors que les craintes se renforcent quant à une éventuelle catastrophe écologique liée au naufrage du Costa Concordia. Le navire, qui s'est échoué vendredi devant la petite île du Giglio, en Toscane, est actuellement couché sur les rochers, qui lui permettent de rester à moitié hors de l'eau. Mais les autorités redoutent qu'il glisse vers la fosse et sombre devant Porto Giglio, où les fonds dépassent 100 mètres. Les craintes ont été accentuées hier lorsque le navire, dont la structure se déforme sous son énorme poids, a bougé d'une dizaine de centimètres. Et, alors que de nombreux débris se répandent dans la mer, une fuite de liquide, apparemment du carburant, a été détectée en fin de journée. Dans la soirée, des barrages flottants étaient par conséquent mis en place autour de l'épave. Les équipes de la société néerlandaise SMIT, spécialisée dans les situations d'urgence maritime, sont arrivées sur place. Elles doivent expertiser la coque afin de savoir si le navire peut être redressé. Hier, la direction de Costa Croisières caressait en effet l'espoir de pouvoir renflouer le paquebot et le remorquer vers un port. Il s'agirait de vider les soutes à combustible, colmater les brèches, assécher le navire et le redresser au moyen de ballons gonflables. Un plan très incertain compte tenu de la position de l'épave et de l'étendue des dégâts, avec une coque éventrée et, surtout, une structure probablement très atteinte.

Plus de 2300 tonnes de carburant et de nombreux produits polluants

Il reviendra aux experts, la lumière des inspections, de déterminer si une telle opération peut-être tentée. Cette solution, si par chance elle peut-être menée, éviterait d'avoir à démanteler le paquebot sur place, ce qui représenterait un chantier très long et aussi complexe que coûteux. En attendant, l'urgence est de maintenir le paquebot sur son promontoire rocheux et éviter qu'il ne coule définitivement. Pour cela, différentes options sont à l'étude. Situé en plein milieu d'une réserve naturelle, le Costa Concordia représente, dans son état actuel, une grave menace pour l'environnement. Les soutes contiendraient en tout 2380 tonnes de carburant. Selon Costa Croisières, quelques 2300 tonnes de fuel lourd seraient contenues dans 17 compartiments dotés d'une double coque. A cela s'ajoutent quatre réservoirs chargés de gasoil. En plus du combustible, le navire de 290 mètres de long, 35.5 mètres de large et 114.500 tonneaux de jauge, est aussi une véritable ville flottante. Décoration, mobilier, matériel vidéo, cuisines, réseaux de fluides, produits chimiques ou encore bombonnes de gaz... L'intérieur du mastodonte regorge de matières potentiellement polluantes. C'est pourquoi, si jamais il doit être déconstruit sur place, il faudra, en plus des cuves à combustible, vider les différents locaux avant de procéder à la découpe de la coque. En tous cas, les autorités italiennes veulent à tout prix éviter que tout cela termine au fond de la Méditerranée.


hélitreuillage.

6 morts et 29 disparus
La priorité est donc de stabiliser l'épave dans sa position actuelle, alors que les conditions météorologiques se sont dégradées hier. En dehors des aspects environnementaux, il s'agit aussi de laisser encore du temps aux sauveteurs afin de retrouver d'ultimes survivants. Hier, dès le lever du jour, les recherches se sont poursuivies. Les plongeurs et pompiers ont de nouveau inspecté la carcasse, dans ses parties émergées et sous l'eau, à la recherche du moindre signe de vie. Des investigations très dures et risquées, au milieu des décombres, dans un labyrinthe plongé la plupart du temps dans le noir et partiellement détruit, avec des ponts inclinés à 80 degrés. Ainsi, en deux jours, seul un quart de la surface totale du navire aurait été inspectée. Hier après-midi, les recherches ont été interrompues durant plusieurs heures, à cause de la mer et du vent, qui commençaient à forcir. « Les plongeurs ont senti des vibrations et entendu des bruits inquiétants qui pouvaient laisser penser que le navire bougeait », ont expliqué les garde-côtes, qui n'ont pas voulu prendre de risque et ont fait évacuer le bateau. A la faveur d'une accalmie, les opérations ont repris, jusqu'à la tombée de la nuit. Mais aucun survivant n'a été retrouvé. Seul un corps sans vie a été extrait par hélicoptère, portant le bilan à 6 morts, sur les 4229 personnes (3216 passagers et 1013 membres d'équipage) présentes à bord du Concordia au moment de l'accident. Concernant les disparus, les chiffres sont toujours fluctuants. En fin d'après-midi, on évoquait 16 personnes manquant à l'appel. Mais, en fin de soirée, le commandant des garde-côtes revoyait les chiffres à la hausse. « 29 personnes, 4 membres d'équipage et 25 passagers, manquent encore à l'appel », a annoncé Marco Brusco. Alors que le recoupement des listings se poursuit afin de savoir si certains rescapés ont oublié de se signaler, les recherches à bord doivent reprendre aujourd'hui, l'espoir de retrouver des miraculés s'amenuisant au fil des heures.









L'erreur humaine se confirme

Pendant ce temps, l'enquête se poursuit pour déterminer les circonstances et les causes exactes du drame. Aujourd'hui, la responsabilité du commandant Francesco Schettino ne semble plus faire de doute. Si les paquebots de Costa Croisières passent plus de 100 fois par an entre le Giglio et le continent, le Concordia naviguait beaucoup trop près de la côte. Et il apparait de plus en plus évident que le commandant se serait sciemment rapproché. Dimanche, déjà, on évoquait sur l'île la possibilité que le bateau soit venu raser la côte pour faire sa « révérence », l'Inchino, une tradition apparemment bien ancrée chez certains marins italiens qui, lorsqu'ils le peuvent, s'approchent du rivage pour saluer les habitants de leur terre natale (ou leurs proches). Dans son édition d'hier, le Corriere della Sera avance l'hypothèse que le commandant aurait voulu faire plaisir à l'un des responsables du service hôtelier, qui devait rentrer chez lui la semaine précédente après plusieurs mois de contrat, mais serait finalement resté faute de remplaçant. D'après le quotidien italien, qui cite des témoins de la scène, Antonello Tievoli, originaire du Giglio, aurait été appelé à la passerelle par Francesco Schettino. Le natif de l'île, voyant la côte se rapprocher dangereusement, aurait alerté le commandant qu'il naviguait trop près du rivage, peu de temps avant que le paquebot heurte le récif qui a déchiré sa coque. Bien qu'Antonello Tievoli aurait, selon le Corriere della Sera, livré son témoignage aux garde-côtes, cette information est bien entendu à prendre avec beaucoup de prudence. Ce sera à la justice de la confirmer ou de l'infirmer. Pour l'heure, le procureur de Grosseto, Francesco Verusio, a simplement indiqué que « la route suivie par le navire n'était pas la bonne » et qu'il naviguait à une distance « incroyablement proche du rivage ». Hier, le président de Costa Croisières a confirmé l'erreur humaine.Nous ne pouvons pas nier qu'il y ait eu une erreur humaine. Les procédures et les règles strictes qui sont données aux commandants n'ont pas été respectées », a déclaré Pierluigi Foschi, ajoutant que « Si ça avait été un problème technique, il y aurait eu des alarmes. Le bateau n'avait pas de problème de sécurité, il dispose de dispositifs de sécurité ultra-sûrs ». Le patron de Costa a, en revanche, refusé de « spéculer » sur la raison pour laquelle le commandant s'est approché du Giglio. Il a simplement précisé que si le paquebot avait effectivement déjà paradé devant l'île en août dernier, les garde-côtes avaient alors été avertis, ce qui n'a pas été le cas cette fois, puisque ce n'était pas prévu. Reste également la polémique quant au fait que Francesco Schettino aurait quitté son navire bien avant que les derniers passagers aient évacué. Un « abandon » présumé qui fait encore l'objet de zones d'ombre et que personne ne parvient à expliquer véritablement. Les horaires donnés sont aussi troublants. Ainsi, Pierluigi Foschi affirme que « plus de 4.000 personnes (ont été évacuées) en deux heures », soit une durée bien inférieure à ce que l'on annonçait jusqu'ici.
Alors que le commandant et son second, incarcérés, sont poursuivis pour homicides multiples et abandon de navire, l'avocat de Francesco Schettino a rappelé hier que, grâce à la manoeuvre d'échouage à proximité de Porto Giglio, le commandant a probablement sauvé de nombreuses vies. C'est un fait que si le Concordia était resté au large, il aurait sans doute chaviré, avec un nombre de victimes potentielles autrement plus important. Mais pour les naufragés et familles des victimes, cette manoeuvre n'atténue en rien l'erreur initialement commise.


Pendant l'évacuation.

« L'équipage s'est comporté héroïquement »
S'il a clairement évoqué l'erreur commise par le commandant, Pierluigi Foschi a en revanche tenu, hier, à saluer les 1013 membres d'équipage du Concordia : « L'équipage s'est comporté héroïquement ». Selon le patron de Costa : « Les procédures de sauvetage de la compagnie sont au plus haut niveau. Nous n'avons aucune preuve d'un quelconque problème structurel dans notre politique de recrutement et de formation, ainsi que dans nos procédures ». Pierluigi Foschi a, ainsi, répondu aux très vives critiques relayées durant le week-end par les media. Désorganisation, manque de communication, incompréhension à cause de la barrière de la langue et même incompétence... Devant les caméras, certains passagers se sont montrés très sévères vis-à-vis des personnels. Dans une telle situation, avec un bateau partiellement éclairé en train de sombrer, tout n'a forcément pas fonctionné comme dans les exercices et il y a immanquablement eu des problèmes, voire des dysfonctionnements. C'est, malheureusement, le propre d'une catastrophe et il conviendra de tirer tous les enseignements du drame pour améliorer ce qui peut l'être. Comme l'ont relaté les passagers, il y a inévitablement eu de la confusion et de la panique. Mais de là à faire passer l'équipage du Concordia pour un « ramassis d'incapables », comme on en a parfois eu l'impression en regardant certains reportages, il y a un pas qui ne peut en aucun cas être franchi, quelles que soient la peur et la douleur ressenties, qui furent aussi celles des personnels, dans les rangs desquels il y a aussi des victimes. Hier, Courrier International a, d'ailleurs, diffusé un témoignage très intéressant de Katia Keyvanian, qui travaillait sur le Concordia. La jeune femme dénonce le traitement médiatique réservé à l'équipage : « Nous avons évacué, dans le noir, le navire complètement incliné, 4000 personnes en moins de deux heures ! Des incompétents ne pourraient pas en faire autant (...) On s'est mis en quatre pour sauver les passagers, pour les mettre en sécurité. S'ils sont sains et saufs, c'est seulement grâce à nous, grâce à l'équipage qui a fait tout ce qu'il a pu. Nous ne voulons pas de remerciements, NON, nous avons seulement fait notre devoir mais nous ne voulons pas non plus entendre toutes ces bêtises, ces mensonges, ces salades qui ne servent qu'à décrocher un scoop ou remplir un reportage ». Dans son récit (*), Katia Keyvanian évoque donc, comme le président de Costa Croisières, une durée d'évacuation de deux heures. Et, autre fait troublant, elle réfute le fait que le commandant ait abandonné le navire...

19/01:Concordia : Le navire glisse, les recherches temporairement interrompues



Les secouristes italiens ont été contraints, hier, d'évacuer l'épave du Costa Concordia. Couché depuis samedi près de Porto Giglio, le grand paquebot, qui n'est pas stabilisé sur les rochers, a légèrement glissé, entrainant momentanément l'arrêt des recherches. Les autorités craignent toujours que le navire, dont la structure continue de travailler, se déplace vers la mer et coule dans la fosse bordant la côte. Sur les 3216 passagers et 1013 marins présents à bord du Costa Concordia au moment de son naufrage, vendredi dernier, 11 ont trouvé la mort (dont 4 passagers français) et une vingtaine d'autres manquent toujours à l'appel. Dimanche, Costa Croisières était sans nouvelle de 21 Français. Depuis, 17 ont pu être localisés. Deux couples de français demeureraient introuvables.Hier, les secours avaient presqu'entièrement ratissé les espaces émergés du paquebot, alors que les plongeurs progressaient difficilement dans les parties immergées avant l'interruption des opérations. Si la situation du navire et la météo le permettent, les investigations reprendront aujourd'hui. « C'est compliqué car nous sommes dans un milieu sous-marin très différent de celui que nous fréquentons d'habitude. Il y a des meubles, des vêtements, des objets qui sont autant d'obstacles dans notre progression », expliquait hier un plongeur. Utilisant des mini-charges explosives pour dégager des accès, les plongeurs ont notamment travaillé autour du pont 4, sur tribord, où une partie des passagers s'était rassemblé pour évacuer. Cette zone est, désormais, située à une vingtaine de mètres sous l'eau. Les images des espaces intérieurs du paquebot sont toujours aussi impressionnantes, notamment celles de ces plongeurs évoluant dans ce qui était auparavant le grand atrium. En tout, 500 hommes sont mobilisés dans les opérations.


plongeur dans l'atrium









Le pompage devrait bientôt débuter

Confiées à la société néerlandaise SMIT, qui doit aussi déterminer si le Concordia peut être renfloué, les opérations de pompage des soutes à combustible sont en cours de préparation. Dans cette perspective, une grande barge dotée d'une grue est arrivée hier à Porto Giglio. Le pompage des cuves est une priorité, d'autant que l'épave est instable et menace de couler. Si tel était le cas, les autorités craignent une catastrophe écologique en plein milieu d'une zone naturelle. Le Concordia embarque près de 2400 tonnes de combustible, dont environ 2300 tonnes de fuel lourd contenues dans 17 compartiments dotés d'une double coque, ce qui limite les risques de fuite. « En l'état actuel des choses, il n'y a pas de problème pour l'environnement puisque, pour le moment, il n'y a pas eu de fuite », a assuré hier le commandant des garde-côtes italiens, Filippo Marini. Le liquide repéré en début de semaine ne serait donc pas constitué d'hydrocarbures. Par précaution, et pour éviter que les débris se répandent en mer, un grand barrage flottant est en place. On le distingue très bien sur l'image prise le 17 janvier par le satellite Quickbird de Digital Globe.



Une route quasi-similaire à celle empruntée en août 2011

Pendant ce temps, l'enquête se poursuit pour déterminer les circonstances exactes de l'accident. Les journalistes de la BBC et du Lloyd's List ont effectué une intéressante comparaison entre la route empruntée par le Costa Concordia le 13 janvier, au moment de l'accident, et celle que le navire a suivi le 18 août 2011, lorsqu'il est très officiellement venu saluer le festival de Giglio. Les deux routes se superposent quasiment. Lors de son passage de l'été dernier, le Concordia se trouvait donc devant le port de Giglio, à 250 mètres du littoral. Une proximité exceptionnelle, puisque Costa a indiqué que ses navires n'avaient pas l'autorisation de naviguer à moins de 500 mètres des côtes. Pour l'évènement, ce passage avait été décidé en concertation avec les garde-côtes, qui avaient été prévenus en amont de l'opération.



Vendredi dernier, en revanche, la manoeuvre n'était pas prévue et c'est le commandant qui a manifestement décidé, de son propre chef, de se rapprocher de l'île. L'expérience du 18 août dernier pourrait laisser penser que Francesco Schettino croyait qu'il s'agissait d'une route sûre, puisque déjà empruntée par le navire. De plus, le delta entre les deux routes est faible, peut-être moins de 5 degrés de cap. Le commandant, se sentant fort de ce précédent et en reprenant la barre en manuel, n'a peut-être tout simplement pas réalisé qu'il y avait, à proximité immédiate de cette route, un danger isolé, le rocher de la Scole. Se croyant sur la même route sûre, il a tout simplement visé la pointe de l'île. Une erreur qui a conduit son bateau à heurter le récif et éventrer la coque sur plusieurs dizaines de mètres, provoquant la perte du paquebot.
Poursuivi pour homicides multiples et abandon de navire, Francesco Schettino a été libéré hier suite à son audition, la veille, par une juge de Grossetto. L'officier, originaire de Metta di Sorrento, près de Naples, a été assigné en résidence surveillée.

23/01:Concordia : Deux corps retrouvés et un commandant qui se défend



Huit jours après le naufrage, les recherches se sont poursuivies hier à bord du paquebot Costa Concordia, qui s'est couché le 13 janvier sur le rivage de l'île italienne du Giglio. Ce week-end, deux nouveaux corps ont été extraits du navire. Il s'agit de deux femmes, découvertes dans les parties immergées, aux ponts 4 et 7. Des recherches ADN vont être effectuées afin d'identifier les victimes. A l'heure actuelle, le bilan est donc de 13 morts et 19 disparus, sur un total de 4229 personnes (3216 passagers et 1013 marins) présentes à bord du Concordia au moment du naufrage. Alors que l'espoir de retrouver des survivants est désormais réduit au minimum, les experts vont devoir déterminer s'il est possible de lancer les opérations de pompage des soutes, qui contiennent 2380 tonnes de carburant, en même temps que se poursuivent les recherches. Il s'agit, en effet, d'évacuer au plus vite le fuel lourd et le gasoil de la coque, avant que celle-ci ne travaille trop ou, pire, glisse vers la mer et coule définitivement. Pour le moment, on ne se sait d'ailleurs pas très bien si l'épave bouge du fait des mouvements marins, d'un glissement vers la fosse ou, tout simplement, parce que la structure, soumise à un énorme poids dans une position anormale, se déforme et s'affaisse sur elle-même. Les mouvements enregistrés par les capteurs entrainent en tous cas régulièrement l'interruption des recherches.

Le commandant se défend...

Ce week-end, la presse italienne a, par ailleurs, diffusé des éléments présentés comme des extraits de l'audition du commandant du Costa Concordia. Ce dernier, depuis l'accident, est accusé d'avoir commis une faute en s'approchant bien trop près de l'île afin de réaliser l'Inchino, une révérence destinée à saluer les habitants. « C'était prévu. Nous aurions dû le faire une semaine plus tôt mais cela n'avait pas été possible en raison du mauvais temps », aurait expliqué devant le juge Francesco Schettino. Et ce dernier aurait aussi évoqué l'assentiment de la compagnie pour les manoeuvres consistant à faire parader les navires près du littoral : « Ils disaient "nous faisons de la navigation touristique, il faut que les gens nous voient, nous devons nous faire de la publicité et saluer l'île" ». Alors que le commandant aurait affirmé au juge que le directeur des opérations de la compagnie avait été mis au courant le soir même, Costa Croisières, de son côté, a assuré que la manoeuvre devant le Giglio, qui avait été effectuée très officiellement le 18 août dernier, n'était pas prévue le 13 janvier. Quoiqu'il en soit et sans préjuger de ce qui s'est ou non passé le 13 janvier, pas plus que des us et coutumes chez Costa, les propos prêtés à Francesco Schettino soulèvent un point intéressant. En effet, dans le milieu de la croisière en général, on évoque depuis longtemps une certaine forme de « pression » en faveur d'un certain type de navigation. « La compagnie ne dira jamais ouvertement qu'il faut s'approcher des côtes mais, si on ne le fait pas, on peut s'entendre dire qu'on n'a pas "l'esprit croisière". Il y a d'ailleurs aussi une certaine pression de la part des passagers, qui font une croisière pour voir des choses et apprécient d'observer le littoral », affirme un officier travaillant sur des paquebots.

... Mais reconnait avoir tardé à alerter les secours

Si l'on en croit les documents publiés par la presse italienne - toutes ces informations étant à prendre évidemment avec précaution -, Francesco Schettino aurait reconnu avoir tardé à alerter les secours. Contacté plusieurs fois par la capitainerie de Livourne pour qui voulait connaître la situation exacte de son navire, le commandant a, en effet, évité un certain temps de parler de la collision avec un rocher, se contentant d'évoquer une panne d'électricité. De même, le commandant serait revenu lors de son passage devant le juge sur les raisons qui l'auraient poussé à ne pas donner immédiatement l'ordre d'abandonner le navire : « Vous ne pouvez pas évacuer des gens sur des chaloupes de sauvetage et puis, si le navire ne coule pas, dire que c'était une blague. Je ne voulais pas provoquer la panique et voir des gens mourir pour rien », aurait-il affirmé. Il est vrai qu'avant d'abandonner un navire, il faut d'abord être certain qu'il va sombrer (ce qui par exemple, dans le cas du Concordia, est valable si trois compartiments étanches contigus sont en train d'être envahis par l'eau), laisser le temps à l'équipage de se mettre en bon ordre pour encadrer l'évacuation et, si possible, mettre le navire le plus possible en sécurité. C'est ce que le commandant Schettino affirme avoir fait en parvenant, malgré les avaries, à effectuer une giration, pointer vers Porto Giglio et échouer son bateau sur les rochers, à proximité du port, ce qui lui a permis d'éviter le chavirage.
Interpellé le 14 janvier, Francesco Schettino est sorti de prison mercredi dernier et a été assigné à résidence. Il est poursuivi pour homicides multiples et abandon de navire. Il lui est, en effet, reproché d'avoir quitté son bateau avant la fin de l'évacuation.

24/01:Concordia : Le pompage du combustible doit débuter aujourd'hui



Alors que deux nouveaux corps ont été retrouvés, portant à 15 morts et 17 disparus le bilan du naufrage du Costa Concordia, le 13 janvier, le pompage des soutes à combustible du paquebot devrait débuter aujourd'hui. Devant l'île italienne du Giglio, où le grand navire s'est couché, les équipes chargées de la récupération des 2380 tonnes de fuel lourd et de gasoil contenues dans les soutes se mettent en place. Hier, Franco Gabrielli, le commissaire du gouvernement en charge du naufrage du Concordia, a décidé que les opérations de pompage pouvaient être menées en parallèle de la poursuite des recherches dans la carcasse du navire, où les secouristes travaillent dans des conditions très difficiles et dans un univers particulièrement dangereux. Mais, malgré la complexité des opérations, les corps de deux femmes ont pu être retrouvés hier au pont 4.

Il faudra un mois pour vider les soutes

Hier, les craintes quant à un éventuel glissement de l'épave vers la fosse qui borde l'île ont semble-t-il été dissipées. Les autorités ont, en effet, estimé que le bateau était stable et qu'il ne risquait pas de couler. Suivant les conditions météo, le pompage devrait donc débuter ce mardi. Confié à la société néerlandaise SMIT, spécialisée dans ce type d'opération, la manoeuvre va notamment faire intervenir une barge équipée d'une grue. Alors que le gasoil, un carburant léger, sera plus facile à pomper, le fuel lourd, trop visqueux, devra être réchauffé avant d'être extrait des 17 compartiments à double coque dans lequel il est contenu. En tout, les opérations de pompage devraient prendre près d'un mois. Autour du Concordia, des barrages et des bouées absorbantes ont été disposées en cas de fuite. En dehors du carburant, il faudra aussi traiter de nombreux autres produits polluants contenus dans le paquebot, comme les huiles et produits chimiques.
Construit en 2006, le Costa Concordia, long de 290 mètres pour une largeur de 35 mètres, transportait au moment de l'accident 4229 personnes, soit 3216 passagers et 1013 membres d'équipage. Pour mémoire, le navire a fait naufrage après avoir heurté un récif alors qu'il naviguait trop près du Giglio.

Poursuites judiciaires

Après cette catastrophe, Costa Croisières pourrait essuyer une vague de procès. Alors qu'en France, des victimes ont annoncé leur intention de porter plainte et qu'en Italie, l'association de consommateurs Codacons veut aussi lancer une action collective ; un avocat américain est également monté au créneau hier. Mitchell Proner, du cabinet new-yorkais Proner & Proner, a déclaré à l'AFP vouloir lancer demain une action en justice en nom collectif. « Nous avons été contactés par des victimes du monde entier, de la Roumanie au Pérou, jusqu'à certainement l'Italie et les Etats-Unis, qui représentent la vaste majorité, et nous sommes en train de préparer des poursuites au nom de toutes les victimes contre les parties responsables, que nous prévoyons de déposer à Miami », a expliqué l'avocat à l'agence de presse française. D'après l'AFP, l'avocat pourrait demander 125.000 euros par passager indemne, « plusieurs fois cela » pour les blessés, et « plus d'un million » voir « plusieurs millions d'euros » pour les proches des personnes décédées dans l'accident. « Mitchell Proner a indiqué que les cibles de ces poursuites n'avaient pas encore été précisément identifiées, mais il a évoqué la compagnie Costa Croisières, propriétaire du bateau Concordia, ainsi que les sociétés responsables des systèmes d'alertes ou de secours », précise l'AFP.

25/01:Costa Concordia : le bilan s'alourdit encore



11 jours après le naufrage du Costa Concordia devant les côtes de l'île toscane de Giglio, un seizième corps a été découvert, au niveau du pont 3, dans la matinée d'hier par les plongeurs. 17 personnes manquent encore à l'appel. Parallèlement aux opérations de recherche des victimes, la société Smit a débuté les opérations préliminaires au pompage des soutes du navire. Deux jours seront nécessaires à ses plongeurs spécialisés pour mettre en place le déroulé des opérations. Pour mémoire, 2380 tonnes de soutes, dont 2200 tonnes de fuel IFO 380 sont à bord, répartis entre 13 capacités. Le pompage devrait commencer par les réservoirs émergés dans lesquels le combustible sera réchauffé pour être transféré à bord d'une barge de récupération positionnée à proximité. Les capacités, au fur et à mesure de leur vidange, seront remplies d'eau de mer pour ne pas menacer la stabilité du navire. Les sauveteurs estiment que quatre jours seront nécessaires au pompage de chacune des capacités. « Nous estimons que le pompage au sens strict du terme pourrait commencer dans quelques jours. Le plan de pompage prévoit toute une série de mesures de sécurité, dont des systèmes de récupération de petites fuites qui pourraient se produire lors des opérations », a précisé un des responsables des pompiers interrogé par l'AFP. Neuf kilomètres de barrage ont été déployés autour du navire et des analyses de l'eau sont menés conjointement par les garde-côtes et l'agence régionale de protection de l'environnement de Toscane. Une nappe irisée de 300 mètres de long sur 200 mètres de large a été repérée sans qu'on puisse, pour l'instant, en déterminer l'origine.

Les interrogatoires se poursuivent

Du côté de l'enquête, les interrogatoires se poursuivent, pendant que le commandant et son second sont toujours en régime de liberté surveillée. La presse italienne s'est notamment fait écho du témoignage du chef mécanicien du navire qui a témoigné de l'envahissement « en deux minutes » d'une grosse partie de la salle des machines, rendant impossible la mise en route des pompes de refoulement et provoquant le black-out consécutif à l'impact. Le coordinateur des secours de la capitainerie de Livourne devait être entendu dans l'après-midi d'hier. Pour l'instant seuls le commandant et son second sont mis en examen, accusés d'homicides multiples, naufrage et abandon de navires. L'enquête devrait également rapidement s'orienter vers l'examen des responsabilités de la compagnie Costa, particulièrement sur l'organisation de l'évacuation du navire.

26/01: Costa Concordia : la question des indemnisations est ouverte



3200 passagers du monde entier à indemniser. La situation juridique est rare et les premiers calculs pour les futures indemnisations des victimes du naufrage du navire sont déjà en cours d'élaboration. La compagnie Costa a annoncé l'ouverture de tables de discussion dans tous les pays dont les victimes sont ressortissantes. En matière de réparations, plusieurs types de dédommagements sont prévus par les textes de lois : à côté des dommages matériels (effets perdus, coûts administratifs ou liés au rapatriement), il y a la réparation du préjudice moral. Et ce dernier est loin d'avoir le même statut dans tous les ordres juridiques mondiaux : ainsi en droit américain, les sommes demandées à ce titre peuvent être astronomiques. En France, c'est à la discrétion du juge qu'est laissée l'appréciation de cette réparation.
Avec plus d'une quarantaine de nationalités à bord et donc autant de systèmes juridiques, les dédommagements liés à l'accident du Costa Concordia s'annonce donc extrêmement compliqués. Selon une information du quotidien Le Figaro, qui a recueilli le témoignage d'un cadre de Costa, on pourrait s'orienter vers un principe de somme forfaitaire unique. « «Il n'y a pas de raison qu'un passager mexicain, américain ou italien ne soit pas indemnisé de manière égale, ils ont tous subi le même préjudice», explique le cadre dans les propos rapportés par le Figaro.

Le président de Costa entendu par le Sénat italien revient sur les circonstances du naufrage

Entendu par le Sénat italien hier après-midi, Pier Luigi Foschi, le président de Costa, est longuement revenu sur les circonstances de l'accident. Il a notamment détaillé minute par minute, les conversations entre le commandant et Roberto Ferrarini, chef de l'unité de crise de Costa.
Ce dernier a déclaré avoir reçu le premier appel de Schettino à 21 h 57 le 13 janvier, environ dix minutes après l'impact. «Schettino a dit qu'il avait un gros problème à bord. Il a dit à Ferrarini qu'il avait heurté un rocher et qu'il n'avait plus de courant à bord. Le capitaine a dit que seul un des com
partiment étanche avait été inondé», a déclaré Pier Luigi Foschi. Au cours d'un deuxième appel, à 22h06, le commandant indique à Ferrarini qu'un deuxième compartiment étanche était rempli d'eau mais que «la stabilité du navire n'était pas en danger». Le commandant «était très calme et disait que la situation était sous contrôle».
A 22 h 33, le commandant a déclaré que «le navire penchait de plus en plus» puis à 22 h 35 que le navire devait être abandonné. «Ferrarini a déclaré avoir été surpris par la décision d'abandonner le navire. Il a dit que la conversation précédente ne lui avait pas permis de comprendre que la situation était devenue aussi grave», a poursuivi Pier Luigi Foschi.
Des déclarations sous serment qui interviennent alors que le juge d'instruction pourrait prochainement enquêter sur la responsabilité de Costa, non seulement dans le déroulement de l'incident, mais également en amont de celui-ci. Pour mémoire, actuellement, seuls le commandant et son second sont mis en examen sous le régime de la liberté surveillée.

source: mer et marine

J'espère que ce dossier spécial vous aura plu et je vous donne rendez-vous le mois prochain avec de nouvelles informations sur ce dramatique naufrage.

emil76, journaliste du Petit Armateur


--Message édité par TheBigBang le 01/03/2012 à 00:05:47--
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